Titrer

[Titrer] est un dispositif in process et in process qui s’installe, se forme, se déforme, se reforme, voit sa morphologie changer à chaque déplacement. Confectionné de collants filés découpés puis retissés et cousus ensemble par un fil rouge qui traverse l’ensemble de ma production depuis quelques années déjà, cet espace est à la fois cocon, antre, espace de réception: le visiteurs est invité à toucher, intervenir, laisser une trace, entamer un dialogue avec l’espace et avec ceux qui viendront après lui… Il peut aussi ne rien faire…

La toile est tendue dans l’espace qui l’accueille et prend appui sur des éléments de mobilier ordinaire (tables, chaises, coussins) entièrement blancs et forme un réseau, une enveloppe transparente qui tend à évoquer la complexité des relations en général et plus particulièrement la relation de l’ “oeuvre” au “public”. Ce dernier est en effet au sein du dispositif, participant et faiseur s’il le souhaite, l’espace l’accueille et s’ouvre alors un espace-temps paradoxalement hors-temps.

À l’entrée, il peut lire une invitation à intervenir et peut disposer à l’intérieur d’ étiquettes blanches, crayons, galets blancs, fil rouge, aiguille, ciseaux. À lui ensuite de s’approprier l’espace en y laissant une marque. Chacun peut ainsi aller au-delà de la simple relation frontale, et s’approprier l’espace, déposer une marque de sa présence, pérenne ou éphémère.

Un tissage vidéo est difusé sur ordinateur et rend compte du “faire” en amont. Le processus d’effectuation est en effet enregistré tout du long puis les séquences viennent s’entrelacer. Il intervient enfin comme un mode d’emploi et rappelle ansi que le mobilier les éléments ordinaires de nos “intérieurs”. Avec ce travail, je reçois donc, à la manière d’une “maitresse de maison”, les visiteurs. Ce dispositif, environnement participatif, sonore, visuel, articule ainsi les notions d’appropriation, d’intimité et d’extimité, le rapport à l’autre – otherness – de construction, déconstruction et reconstruction.

Le caractère quasi-tautologique du titre de ce dispositif – [Titrer] – est ainsi une autre manière de marquer cet écart, et de rappeler que l’oeuvrer se poursuit même dans la discontinuïté, tout en laissant ouverte la possibilité à chacun de faire sa propre lecture. Il s’agit avec cet élément, constituant à part entière du dispositif dans son ensemble, de souligner le fait que toute oeuvre s’offre, qu’elle est comme en attente… en attente de quelque chose…